Mariama Mamane, fondatrice de ‘JACIGREEN’

Mariama Mamane est une jeune femme de 26 ans née à Niamey où elle y passa toute son enfance également. Elle intégra les scouts dès son plus jeune âge, ce qui lui a permis de développer  un certain nombre d’aptitudes, notamment celle d’aborder les choses positivement en évoluant sans cesse dans une sphère de créativités et du changement. A l’université, elle a été membre du mouvement syndicale de l’USN à travers l’UENUN, une section féminine de défense des droits des étudiantes qui encourage la participation des femmes à la prise de parole pour l’amélioration de leurs conditions de vie – Tous ceux qui la connaissaient à l’époque la qualifiaient déjà de « Révolutionnaire » parce que Mariam se battait contre l’injustice sociale, notamment celle à l’égard de la jeune fille. Avoir intégré le MOSEMA Niger lui a valu également de s’imprégner du PAN-AFRICANISME.

En 2013, elle fut acceptée au sein du 2iE, l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et l’Environnement de Ouagadougou au Burkina Faso avec une licence en Biodiversité et Gestion de l’Environnement obtenu à l’Université Abdou Moumouni – mais 2016 fut l’année record pour Mariam qui remporta le concours «Parcours Entrepreneur» que le 2iE organise chaque année à l’attention d’étudiants brios porteurs de projets innovants auquel participent bon nombres de nationalités confondues inscrits au sein du 2ie. Son projet, intitulé « JACIGREEN » s’attaque à un sérieux problème environnemental que connait le Niger mais aussi des pays comme le Burkina Faso où ce fléau reste non maitrisable. Sur cette base, Mariam est aujourd’hui sur le chemin de la création d’une entreprise qui attaquerait ce problème de front, qui apporterait un plus au développement durable et qui permettrait la création de l’emploi. Dans le même élan, elle apporte son aide à la fondation d’African Union Chapter Niger (AUC-Niger) qui a pour but, la concrétisation de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine croyant fermement à ses objectifs de régler les problèmes de chômage des jeunes, la promotion du genre pour un développement durable par le peuple et pour le peuple africain. Et, en intégrant l’AUC-Niger en tant que Chargée de Programmes, c’est pour élaborer une stratégie de participation intégrante à l’éveil de la jeunesse nigérienne et dans le but de créer des activités innovantes pour le développement durable au Niger.

Avec son projet JACIGREEN, Mariama participera très prochainement à la finale d’African Rethink Awards (ARA) organisé par Land OF African Business (LAB) à Paris. Fort du partenariat initié avec la Mairie de Paris, et son incubateur de Start-Up, Paris&Co, l’ARA proposera deux journées complètes, les 22 et 23 octobre 2016 dédié à l’entreprenariat africain. 100 jeunes entreprises présenteront leur business model devant une assistance composée de chefs d’entreprises, d’ONGs, d’experts, de médias et d’investisseurs. Quatre catégories de prix seront dispensées pour encourager et donner aux start-up lauréates une aide financière pour leur développement, une visibilité internationale et des possibilités de networking et de partenariat.

BAIWA: Votre projet « JACIGREEN » fait partie des 47 retenus pour la finale du concours d’African Rethink Awards (ARA) sur plus de 250 dossiers pour l’édition de 2016 – Comment vous en êtes arrivée là ?

Mariama: C’est suite à un travail de titan que mon projet a été sélectionné pour la finale du concours d’African Rethink Awards l’édition de 2016. Laissez-moi vous expliquer, ma motivation pour l’élaboration d’un projet entreprenariat à débuter en 2013 où j’avais participé à la formation d’un protocole de compostage de la jacinthe d’eau au Niger. Une fois arrivé au Burkina Faso, j’ai fait le constat que le fléau de la jacinthe d’eau continue toujours son massacre. C’est ainsi que j’ai saisi l’opportunité de la formation offerte au 2iE sur l’entreprenariat pour rédiger un Business Plan pour la création de l’entreprise JACIGREEN. Et le 17 juin 2016, je deviens la lauréate du Prix de  l’Entrepreneuriat 2iE.  Ce fut le déclic de croire en moi et aussi aux changements que je pourrais apporter pour le développement durable. Après cela j’ai continué à travailler sur le projet en me rapprochant d’avantage des institutions et de la population afin que les solutions proposées par JACIGREEN répondent efficacement aux différents problèmes. Je suis très motivée par un besoin débordant de réalisations et je suis arrivée à ce cap avec une seule formule : « Le changement commence par moi-même. »

BAIWA: Vous faites du problème environnemental au Niger, une de vos priorités. Pourquoi ?

Mariama: Il est primordial d’agir sur les problèmes environnementaux au Niger pour mieux faire face aux changements climatiques. L’environnement est un patrimoine commun nous devons le protéger pour assurer un développement durable. Il est nécessaire que l’adaptation du monde rural face aux changements climatiques soit basée sur une stratégie adéquate à travers le changement de comportement sur lequel d’ailleurs je travaille actuellement. Dans toute la sous-région, le Niger est le seul pays avec un système d’assainissement défaillant voire même inexistant qui est la cause de l’insalubrité qui favorise la prolifération des maladies et surtout qui pollue notre fleuve. Pour la situation du fleuve Niger, j’ai nommé le dossier « ALLERTE ROUGE » car cette ressource naturelle est abandonnée à son sort. Elle fait face à un terrible ensablement, une perte de biodiversité et enfin une pollution certaine par manque de stratégies de rejet des eaux usées.

BAIWA: Quelles sont les grandes solutions que « JACIGREEN » propose pour résoudre ce phénomène de la jacinthe d’eau ? Le projet est-il déjà opérationnel ?

Mariama: Localisé à Ouagadougou au Burkina Faso, le projet JACIGREEN innove dans les filières Assainissement-Agriculture-Energie à partir de la jacinthe d’eau qui envahit régulièrement les cours d’eau, étouffe la vie aquatique et devient ainsi néfaste pour la biodiversité. A partir de cette ressource naturelle, nous allons produire et commercialiser un engrais biologique par compostage et de l’électricité à partir du biogaz récupéré issu du processus de production. Un projet éco-innovant qui va contribuer à l’assainissement de l’environnement et à la promotion d’une agriculture durable tout en comblant le déficit énergétique avec une énergie propre. D’autre part, le projet apportera également une solution élégante au problème de la prolifération de la jacinthe d’eau et va contribuer à la sauvegarde des ressources en eaux au bénéfice de l’ensemble des populations, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (gaz émis par la jacinthe d’eau dans son milieu naturel) et à la protection durable de la biodiversité halieutique. JACIGREEN propose des solutions durables et pérennes qui contribuent à la protection de l’environnement.

Nous sommes aujourd’hui sur le chemin de la création de l’entreprise JACIGREEN qui attaquerait ce problème de front, qui apporterait un plus au développement durable et qui permettrait la création d’emploi.

BAIWA: Que signifierait pour le Niger, le fleuve envahit et étouffé par la jacinthe d’eau ?

Mariama: Il y aura l’apparition des maladies dont la jacinthe d’eau sert de réservoir telles que la bilharziose, le paludisme, les dermatoses, la prolifération des sangsues et serpents et surtout la perte de la biodiversité halieutique. Retenons notre attention sur le cas du paludisme une maladie redoutable qui cause plus de 3000 décès par jour en Afrique Sub-Saharienne. A cela ajoutons le problème de navigation fluviale que causerait la jacinthe d’eau donc un frein au développement économique. D’autre part l’accumulation massive de la jacinthe d’eau dans le fleuve Niger, compromettrait notre résilience climatique.

La jacinthe d’eau est synonyme de fléau mais présente aussi des capacités adéquates de compostage, de production de papier, dans le domaine de vannerie et possède un bon potentiel d’absorption des substances polluantes de l’eau lorsqu’elle est gérée à un certain seuil.

BAIWA: Comment comptez-vous pérenniser le projet ? En avez-vous fait la promotion auprès des autorités compétentes ?

Mariama: Nous avons adopté une vision stratégique proposant des solutions pérennes qui contribuent efficacement à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD). A la différence de nombreux projets précédents sur la jacinthe d’eau, nous avons opté plus tôt pour un modèle économique innovant faisant notre force actuellement. Il existe déjà un partenariat avec les autorités compétentes du Burkina Faso notamment la Mairie de la ville de Ouagadougou, l’Office Nationale de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) du Burkina, le Ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques et l’Institut National de l’Environnement de Recherche Agronomique du Burkina Faso. Ainsi, nous envisageons également rapprocher les autorités compétentes dans les pays touchés par le fléau de la jacinthe d’eau plus précisément le cas du Niger qui nous tient particulièrement à cœur.

BAIWA: Disposez-vous d’un réseau de communication pour mieux porter votre projet, et ainsi le vulgariser ?

Mariama: Actuellement mon projet bénéficie du réseau de communication de 2iE à travers le Technopôle qui prépare notre entrée prochaine au sein de l’incubateur 2iE. Egalement, le projet est vulgarisé par les partenaires de 2iE dont l’incubateur d’entreprise social « La Fabrique ». Très prochainement JACIGREEN bénéficiera des nouveaux réseaux de communication avec les partenaires des ARA et du Land of Africa Business (LAB).

BAIWA: Existe-il d’autres initiatives au Niger qui s’attaquent au même problème ? Travaillez-vous seule ou en équipe ?

Mariama: Au Niger, il y a eu plusieurs initiatives qui se sont attaquées au problème de la prolifération de la jacinthe d’eau. C’est le cas, du dispositif pilote de production de biogaz à partir de la jacinthe d’eau installé dans la maternité Yantala de Niamey en 2008 en remplacement des combustibles liquides et gazeux dérivés du pétrole dont les prix devenaient de plus en plus élevés. Plusieurs ONG ont formés la population sur les méthodes pour transformer cette menace en de bienfaits notamment l’École Instrument de Paix (ÉIP-Niger). Sinon, je travaille actuellement seule sur le projet JACIGREEN mais ouverte par toute collaboration  avec des personnes ou des institutions partageant la vision et les objectifs du projet.

BAIWA: D’où tenez-vous votre engagement en matière de protection de l’environnement – Quelle est l’importance de l’implication de la jeunesse pour parer à la problématique qu’est le changement climat ?

Mariama: Mon engagement en matière de protection de l’environnement vient de ma passion pour la biologie. Par la suite, j’ai acquis des connaissances en Biodiversité et Gestion de l’Environnement me permettant d’agir plus efficacement en tant qu’acteur de protection de l’environnement.

La jeunesse a un rôle important pour prendre des mesures sur les changements climatiques car elle représente la plus grande frange de la population. Donc plus facile à faire porter les messages aux autorités compétentes et aussi faire appel à l’action pour la protection de l’environnement. Cette jeunesse est capable de proposer des solutions pérennes qui contribueront efficacement à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD).

BAIWA: Quelle est l’innovation du projet « JACIGREEN »  pour ce concours d’ARA ?

Mariama: Le projet JACIGREEN touche des points sensibles du développement dans nos pays africains en plus possède un fort impact social et environnemental. Nous voudrons montrer qu’on peut contribuer au développement durable dans nos pays africains à partir des ressources naturelles.

BAIWA: Pensez-vous gagner le concours ?

Mariama: Le dur labeur restera l’un des déterminants clés du succès. Sauf peut-être quelque rares exceptions, il n’y a que la persévérance et la continuité de l’effort dans l’espoir de réaliser des performances exceptionnelles qui paient.  De ce fait, je reste optimiste sur le succès de JACIGREEN aux ARA.

Toute l’équipe de BAIWA vous souhaite bonne chance !

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